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Nous découvrons les Hommes-Taupes.
Trois filles : Utopie, Acante et Fémérie, deux garçons : Ilis, Lierre et leur cochon d’Inde Goa se sont posés en catastrophe sur la planète Aldébaran après la dérive de leur fusée.
2 avril.
Voilà maintenant plusieurs semaines que nous connaissons les lanards, ou plutôt les Hommes-Taupes, comme nous les appelons maintenant.
Au début, nous avons eu beaucoup de mal à nous habituer à eux. Surtout Acante, je ne sais pourquoi :
– Ils sont laids, disait-elle. Je n’aime pas leur museau allongé. Ni cette sorte de fourrure, partout sur eux. Pourquoi ont-ils trois yeux ? C’est affreux.
– Ils sont différents, a dit Fémérie, de son petit ton sérieux et réfléchi (c’est ce que j’aime bien en elle). Et après ? Eux aussi doivent nous trouver bizarres, tu sais !
Ilis a ajouté :
– Pour ça, oui. S’ils sont comme toi, je les entends d’ici. Ils doivent dire : « Quels drôles d’animaux que ces Terriens, avec leur figure plate et blême sans un seul poil dessus ! Et leurs deux malheureux yeux ? Vous avez vu leurs deux yeux ? »
Même Acante n’a pas pu s’empêcher de rire en entendant ça. Alors, Ilis nous a aussi raconté une sorte de fable : c’est la grenouille et l’escargot qui se rencontrent. Ils se voient pour la première fois. La grenouille dit à l’escargot :
– Mais tu as une coquille ? Fi, quel affreux caillou sur ton dos !
Et l’escargot dit à la grenouille :
– Comment ! Tu coasses ? Et tu as de grands échalas de pattes toutes palmées ? Quelle horreur !
C’est drôle : au commencement, c’est peut-être surtout Goa qui a aidé Acante à accepter les Hommes-Taupes. Il frétille de joie dès qu’il les voit, et veut absolument leur lécher la figure … D’ailleurs, ils sont si gentils qu’il est difficile de ne pas les aimer.
Nous avons beaucoup parlé, ou plutôt nous avons beaucoup PENSÉ avec eux, car nous avons tout compris à la fois. Pourquoi ils n’ont pas tous des oreilles. Et aussi pourquoi, en entrant dans la grotte, nous les comprenions sans rien entendre.
Ils se comprennent et communiquent sans paroles, grâce à leurs « bonnets à pensées ». Ce sont des casquettes de fourrure brune à longues oreilles. Elles ressemblent un peu, je trouve, à ces fameux « bonnets d’âne » que l’on mettait autrefois aux mauvais élèves, dans de très anciennes école de Terre… Il n’y en a plus depuis longtemps, et je me demande si cela a vraiment existé, ou si c’est seulement une légende. Mais on en voit, parfois, sur de vieilles images de nos livres qui parlent du passé.
Donc, les lanards ne ressemblent pas à des lapins, puisque les « bonnets à pensées » ne sont pas leurs vraies oreilles : c’est clair ? Donc, il n’y a plus aucune raison de les appeler les lanards.
Nous avons beaucoup appris sur la vie des Hommes-Taupes, et sur leur histoire. Ils disent avoir toujours vécu à l’intérieur du sol et leur peuple est très ancien. Ils sont doux et pacifiques : ils nous ont même dit qu’il n’y avait jamais eu de guerre chez eux. Quelle chose bizarre !
Ils se nourrissent d’herbe et de racines. À notre arrivée, nous les avons beaucoup inquiété. C’est pourquoi ils nous ont observé, d’abord de très loin, puis on s’approchant… Mais ils avaient peur : ils ont des tablettes pleines de signes étranges, qui viennent des siècles anciens et racontent que l’homme de Terre est un animal dangereux… Comme dit Ilis :
– Ont-ils tellement tort, après tout ?
Jacqueline Held, Les Enfants d’Aldébaran, La Farandole.
Ce texte est extrait du manuel de lecture « C’est à lire – CM1 » (Hachette, 2000)
Une réponse à “Nous découvrons les Hommes-Taupes”
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