————————————————
Opération Hérisson
Benjamin découvre des hérissons prisonniers au fond d’une fosse creusée par un fermier. Comme il les aime beaucoup, il cherche un moyen de les libérer.
À partir de ce jour, Benjamin vint, chaque matin, armé d’une vieille paire de gants, inspecter la fosse. Et il était surpris d’y découvrir aussi souvent des hérissons emprisonnés. Ils tombaient dans ce trou en poursuivant une jolie limace bien grasse ou un coléoptère croustillant, et s’apercevaient trop tard qu’ils étaient dans un lieu sans issue. Chaque fois qu’il en trouvait un, Benjamin se couchait sur le chemin au bord de la grille : c’était la seule façon pour lui d’atteindre le fond de la fosse. Il le prenait doucement dans ses mains et le libérait. Les hérissons se mettaient toujours en boule au premier contact, mais, dès qu’ils retrouvaient l’herbe, ils se déroulaient avec précaution et partaient au petit trot dans les buissons.
Cette opération n’était guère facile : la fosse était profonde, et les cailloux du chemin bien inconfortables les jours de pluie. Mais un soir, en allant à la cave chercher du charbon, Benjamin eut une idée. S’il descendait à la cave par une échelle de bois, pourquoi les hérissons prisonniers ne pourraient-il faire de même ? L’animal blessé qu’il avait recueilli avait bien escaladé les bords du panier à linge. Et les hérissons, qui ont tous des petites griffes aiguisées, ne sont pas stupides. C’est pourquoi Benjamin prit le mettre à couture de sa mère et, dès le lendemain matin, alla mesurer la profondeur de la fosse.
La fosse avait exactement un mètre de profondeur et, comme cela se produisait fréquemment, il y avait au fond un hérisson terrifiée qui essayait en vain de s’échapper.
Benjamin, cependant, ne le libéra pas. Il retourna à l’atelier où il avait repéré une vieille caisse que son père voulait brûler. Le dessus était fait de quatre planches supportant un grillage en fil de fer. Elle servait, l’été, à protéger les salades. « Les planches nues n’offrent aucune prise aux pattes des hérissons », pensa-t-il. Alors il entoura les planches de grillage et repartit vers la fosse.
Là-bas, en se couchant sur le sol comme à son habitude, il plaça ses quatre planches à chaque coin de la fosse, en enfonçant une extrémité dans la boue et en attachant l’autre solidement au bord de la grille. Les planches étaient vieilles et ne présentaient rien de remarquable. Le hérisson, au fond de la fosse, ne semblait pas les avoir repérées et continuait à courir d’un mur à l’autre en poussant des petits cris de détresse. Benjamin retourna discrètement goûter à la maison.
Une demi-heure après, il redescendit le chemin et arriva jusqu’à la fosse. Elle était vide. Les planches étaient toutes en place, mais il n’y avait plus personne au fond. Et depuis lors – Benjamin voudrait que vous le sachiez – il n’a jamais plus trouvé de hérisson dans la fosse, alors qu’il en rencontrait toujours autant dans les alentours.
Par les nuits claires d’été, il les voit sur la pelouse, et il est sûr de ne rien retrouver dans l’assiette de lait qu’il met chaque soir à la porte. Il sait aussi que « l’Opération hérisson » est un succès : la tribu des animaux « piquants » utilise ses échelles pour rentrer et sortir de la fosse. Il le raconte à tous ceux qu’il rencontre, et il se réjouit quand il voit qu’on copie son invention. Toute cette histoire a rendu Benjamin aussi heureux qu’un hérisson !
M. Lane, Opération Hérisson, traduit par C. Loriot–Prévost, Albin Michel jeunesse.
Ce texte est extrait du manuel de lecture « C’est à lire – CM1 » (Hachette, 2000)